Charlotte

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J’ai tendance à me méfier des têtes de gondole, de ces écrivains qui font un best-seller par trimestre, les Musso, Levy, Bussy… Par principe, je n’achète pas.
Mais voilà, le principe serait stupide si je n’avais au moins lu un de leurs livres, ou plusieurs pour pouvoir au moins apprécier en relative honnêteté.
Aussi, n’ayant jamais rien lu de David Foenkinos ai-je été attiré par son treizième roman : « Charlotte ».

Le sujet en est dramatique, une jeune femme, Charlotte Salomon issue d’une famille juive allemande se découvre une passion pour la peinture et tout le monde lui reconnait du génie. Mais elle va devoir affronter une terrible malédiction familiale et la pieuvre noire de l’hitlérisme.
Sur cette biographie terrible, David Foenkinos a su avec délicatesse et affection écrire un récit émouvant. Sous la forme d’une sorte de documentaire écrit où parfois, il se met en scène sur les lieux mêmes que connut Charlotte, il retrace l’itinéraire déchirant d’une âme pure sans affectation, sans ostentation et avec pudeur et talent.
A juste titre, le récit a reçu le prix Goncourt des étudiants 2014 et le Renaudot.

Monsieur est mort

Monsieur

Il arrive parfois qu’un roman même assez court, vous paraisse bien trop long. Ici, il fut interminable tant tout y est attendu, convenu. Drame feutré en milieu richissime, enfants traumatisés à la dérive, rien de bien neuf depuis quelques chefs d’oeuvre sur l’enfance malheureuse en haute bourgeoisie ou pas. Le haut coupable vient de mourir, un de ses fils réfugié aux Indes revient pour son enterrement à la demande de sa mère.

Sur cette trame particulièrement bien vendue par un marketing efficace : belle couverture et texte de 4e attirant se déroule une succession de poncifs écrite d’un style pauvre et puéril, de préceptes éculés sur la recherche du bonheur…

« Etre l’otage de ses souvenirs est une torture, ils ne servent à rien sauf à nous entraîner vers le passé, parfois avec effroi » (Page 94) écrit-elle avant ou après une longue description d’une dégustation de tarte aux fraises à la Proust !

A la décharge de l’auteur qui pourrait avoir voulu coller ainsi à la personnalité paumée de son héros, il faut bien admettre qu’elle a réussi à nous perdre aussi.
On a même l’extraordinaire impression qu’elle a essayé de « rallonger » la sauce intégrant une série de rencontres et d’observations totalement saugrenues et hors contexte (Un taxi, une gamine, la traditionnelle petite vieille sur son banc…)
Il faut croire qu’être issue du monde tourmentée du spectacle parisien a du aider Karine Silla a bien des choses car je n’ai trouvé que critiques dithyrambiques de ce roman qui sera, pour ma part, vite oublié.

Joujou d’ Eve de Castro

 

Joujou

Le comte Józef Boruwłaski (1739-1837) a bien existé, il fut surnommé « Joujou » et ne dépassa jamais le mètre.

C’est sa triste et aventureuse vie que nous conte avec beaucoup d’élégance et de talent Eve de Castro. Mais c’est aussi à un voyage dans l’Europe des rois et des manants en ce siècle de révolution qu’elle nous convie, à un voyage « vu d’en bas ».
Ayant su se détacher avec intelligence des mémoires du comte lilliputien, elle nous donne à lire un récit émouvant sur la différence et l’horrible condition de ces êtres objets de spectacle.

En France, nous avions déjà lu les vies du nain de cinéma Pieral  » (1923-2003) qui a publié en  1976 son autobiographie intitulée « vu d’en bas », celle moins connue peut-être mais très instructive de Jean Brissé de Saint-Macary sobrement nommée : « 1m 34 ». On se souvient de la vie tourmentée de Toulouse-Lautrec.
Attrait ou répulsion animent l’existence de ces êtres trahis par la nature mais pour « Joujou », ce si admirable et doux poupon, tout n’aurait pu être que vie de poupée en cage de luxe sous la caresse des reines et l’oeil goguenard des princes.

Joseph Boruwlaski eut lui, la malchance de voir son père se suicider et sa mère miséreuse le vendre à la starostine de Caorliz. Harmonieusement conformé, beau et intelligent, Joseph va donc subir un long apprentissage fait d’humiliations visant à n’en faire qu’un objet de luxe, précieusement déguisé, exhibé dans les cours et les salons.
Mais ce « joujou » pourra-t-il renverser sa triste condition pour tenter d’aimer, d’avoir des enfants, de devenir un musicien admiré, de vivre non plus en nain savant mais en homme ?

On suit avec tendresse la vie de cet être sans défense mais dont le courage et la lucidité forcent la sympathie et surtout le respect.

Parmi les loups et les bandits d’Atticus Lish

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« Tu savais qu’il existe un lieu plus merveilleux que tous les autres, situé tout  là-bas par delà les bandits et les loups ? » La petite Zou lei, ouïghoure misérable de la province du Xinjiang en République populaire de Chine écoute l’histoire que lui conte sa maman et va s’endormir en rêvant à ce pays de Cocagne. Plus tard, bien plus tard, ayant perdu ses parents, elle débarquera seule de l’arrière d’un camion venant de franchir illégalement la frontière du Mexique. Elle va tenter de survivre en clandestine aux États-Unis.

C’est dans son pays que revient Brad Skinner, il s’est engagé pour une année dans l’armée US « de libération » de l’Irak après les attentats du 11 Septembre. Mais il a du subir trois années de guerre. Il revient de l’Enfer meurtri physiquement et psychiquement. Confronté à l’horreur des carnages, il doit maintenant tenter de survivre, sans aide, ni compréhension, à coups de tranquillisants et de somnifères.

Volontaire, intelligente et travailleuse Zou va tenter après un passage en prison de travailler à Chinatown parmi d’autres clandestins. Alors que Brad erre de rues en rues. Ces deux destinées improbables à qui tout espoir est ôté vont pourtant se réunir, confrontées à celle de Jimmy, un délinquant dont la mère est la logeuse de Brad.

Ce premier roman d’ Atticus Lish a très bien marché aux Etats-Unis remportant même le Le PEN/Faulkner Award. Assez stupéfiant pour une œuvre qui décrit les bas-fonds de New-York, ses quartiers les plus sordides, sa faune de clandestins cosmopolites, de repris de justice, de junkies, d’ivrognes et d’indigents. La violence constante que l’on ressent à la description de ces milieux sans illusions tend une écriture déjà nerveuse, lui donne une extraordinaire densité. Le constant basculement du dialogue à la narration augmente encore cette tension alors que l’écriture reste d’une grande acuité et d’une glaciale simplicité.
Un grand roman assurément, une grande claque littéraire à n’en pas douter.

Vivarium de Thomas Krysaniak

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Odessa, une île perdue au milieu de la mer des Caraïbes, un écrivain parisien Joseph Rivière est venu s’y réfugier en compagnie de la jeune Mathilda. Sous quel prétexte ? Besoin d’inspiration, fuite face à une menace imprécise…
Léon, critique intermittent qui a suivi autrefois la vie littéraire tourmentée de Rivière est invité à rejoindre le couple et va tenter un reportage.
Mais dans l’atmosphère poisseuse de l’île, la misanthropie maladive de Rivière s’est-elle transformée en folie ? Mathilda est-elle atteinte d’un mal incurable comme le prétend l’écrivain ? Pourquoi cette femme intelligente, vive s’est-elle attachée à cet homme aigri ? Par admiration, pitié ?
Léon est désormais observateur et observé au fond d’un puits volcanique dans la maison vivarium de ce couple improbable.

L’écriture envoutante de Thomas Krysaniak nous captive et nous enchaine à cette « inquiétante étrangeté » à trois personnages. On songe, tour à tour à Malcom Lowry et à son « Under the volcano » parfois à « Hygiène de l’assassin » d’Amélie Nothomb, aux romans fantastiques d’Ira Levin…
C’est dire si le roman de ce jeune auteur réussit à nous intriguer et à nous entrainer dans les méandres morbides d’Odessa et de ses troublants personnages.

Lolita de Vladimir Nabokov

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D’abord, il faut oser aujourd’hui acheter le livre devant le regard interrogateur de la vendeuse et de la caissière.
Puis, il faut oser le lire !
On est pourtant prévenu. Nul n’ignore le contenu scabreux mais tellement ont vanté la beauté du style, le talent de l’écrivain.
Eh bien, je dois avouer que j’ai eu bien du mal à finir le livre tant je m’y suis ennuyé. C’est mal foutu, farci de références culturelles déplacées, d’allusions insanes. Mais c’est surtout salement dégueulasse de devoir subir la randonnée infâme de ce pédophile bourgeois.
On a bien du mal à comprendre comment le livre fut publié en son temps. L’art ne justifie pas ce genre d’apologies sordides. Pas plus que pour « Le roi des Aulnes », son pendant, je ne peux comprendre cet étalage malsain de pulsions déviantes.
J’ai tenté d’y voir l’allégorie d’une vieille Europe cultivée, attirée par les charmes infantiles d’une Amérique vulgaire et ignare mais même cela n’est pas arrivé à me faire tenir la distance des quelques 500 pages de l’ouvrage.
Le plus terrifiant étant de voir qu’aujourd’hui si l’Europe a renoncé à ces vieux démons « pédophiliques » et incestueux, l’Orient lui, légalise le mariage du père avec sa fille adoptive de 14 ans, autorise celui des filles de 12 ans. L’âme, l’intégrité de ces enfants, pas plus que celles de Lolita enlevée par son pseudo beau-père ne préoccupent ces nouveaux barbares.
Des stars échappent à toute justice alors que nous les savons tous ogres d’enfants innocents et sous prétexte de littérature et d’art, Lolita se vend toujours.
Instruit certes, je sais maintenant de quoi il en retourne mais ce livre m’a profondément choqué aussi.

Je t’ai vu pleurer

Mifsud

Incroyable ! Trouver un texte écrit par un jeune maltais dans un rayon Cultura ! Publié chez Gallimard dans sa Collection du monde entier, « Je t’ai vu pleurer » est un court récit très émouvant.
Immanuel Mifsud a retrouvé à la mort de son père, son journal intime. En le parcourant remontent alors à sa mémoire des souvenirs de cet homme si craint.
Décoré pour avoir défendu durant la guerre sa petite île de Malte, il fut grièvement blessé au point de boiter pour le reste de ses jours.
Si Immanuel laisse souvent couler ses larmes, en ayant honte devant cette figure virile du père, il le surprend lui aussi à pleurer.

«Sur la tombe de ta mère. J’ai vu la larme couler derrière les verres sombres et épais de tes lunettes. Les choses n’auraient pas dû se passer ainsi, mais cette larme t’est montée aux yeux et elle a fini par couler. Tu croyais que je n’avais rien vu, mais moi, je t’avais à l’œil. Je t’avais tout le temps à l’œil. Je t’observais sans cesse, te surveillais, scrutais le moindre de tes gestes.»

Tout au long de son texte apparaissent alors les forces et aussi la sensibilité exacerbée de cet homme que fut son père. On parcoure aussi l’histoire sociale et politique de l’île, ses déceptions, ses illusions. Une belle écriture au style recherché nous replonge dans ce passé si peu éloigné où, surtout dans ces pays méditerranéens, les hommes restaient si énigmatiques à leurs propres enfants.

Le génie des coïncidences

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Thomas Post est maître de conférences à l’Université de Londres et s’est spécialisé dans l’étude statistique et raisonnée des coïncidences auxquelles il trouve toujours une explication logique. Azalea Lewis au contraire a construit sa vie sur l’irrationnel. Ces deux êtres devaient-ils se rencontrer ?
Voilà le thème annoncé par l’éditeur sous le titre vendeur du « Génie des coïncidences » mais ce n’est pas le véritable thème de ce roman !

Car ce livre traite en profondeur de bien autre chose. Il parle de la violence faite aux enfants par un immonde salopard nommé Joseph Kony, chef d’une troupe d’illuminés de Dieu, tortionnaire d’enfants, violeurs abjects. Ce livre traite de l’éternelle douleur, de l’éternel martyr de l’Afrique laissée en pâture aux pillards civilisés ou pas. Ce Joseph Kony et son LRA ougandais existent malheureusement et John Ironmonger tente de sensibiliser l’opinion comme le firent les Invisible Children ou Angelina Jolie sur les exactions de ces vauriens.
Alors les coïncidences, l’intervention divine, le déterminisme ou le hasard ne sont que de « la trame romanesque » pour attirer le lecteur à connaître ces infamies qui se perpétuent ONU ou pas.
Le savoir-faire d’Ironmonger est indéniable et le livre est palpitant du début à sa fin, parfaitement conduit pour mener le lecteur où il le désire vraiment.

Christian Attard

L’oeil de l’espadon

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Vous avez rêvé de vous mettre dans la peau d’un vendeur du rayon poissonnerie de votre supermarché ? Avec « L’oeil de l’espadon », c’est fait. Nous suivons Charlie dans ses moindres faits et gestes et Charlie n’a pas inventé l’eau chaude !

C’est le premier roman du suisse Arthur Brûgger et il ne faut pas s’attendre à de littérature de haute mer, vu que l’auteur nous narre tout cela à la premier personne de Charlie et que Charlie comme je vous l’ai dit n’est pas une lumière.

On s’ennuie !

Passé le premier étonnement, la découverte des petits faits et gestes du rayon poisson, il ne se passe rien.  Rien sinon du convenu, de l’attendu. Une amourette avec une collègue, un autre collègue au sous-sol poubelle qui lit et s’en veut de balancer autant de nourriture alors que le monde crève de fin. Les souvenirs de l’orphelinat où Charlie a passé son enfance…
Et beaucoup de répétitions. Normal me direz-vous puisque c’est de l’immersion dans les tréfonds de la pensée creuse du héros mais quand même.
Enfin, il en faut pour tous les goûts !

Le livre du grand secret

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Je n’avais jamais rien lu de Serge Brussolo, auteur français de romans fantastiques, « Le livre du grand secret » a un titre très attirant…

Autant le dire tout de suite, ceux qui ne croient pas aux complots de toutes sortes, aux OVNIs, à la possibilité de connaître son avenir ne seront absolument pas intéressés par ce livre !
Livre qui m’a rappelé ces images que l’on peut faire en photographiant un miroir qui reflète un autre miroir. On croit tenir une parcelle de vérité qui ne peut se révéler qu’illusion à son tour.
Et c’est à ce titre que ce roman est captivant. Où se situe la fiction, où commence le réel ? Ces personnages que nous décrit Brussolo vivent-ils leur aventures où sont-elles issues d’imaginaires hypertrophiés ?

Puck en « vacances » chez son fantasque grand-père, sorte d’Hemingway retiré du monde quelque part dans les montagnes des Etats-Unis, vit au rythme des étranges récits de l’ermite. Autour d’eux des tanks, des soldats gardent la propriété.
Le vieillard apprend à l’enfant que l’on va l’éliminer car il en sait beaucoup trop sur les extraterrestres et lui confie avant de mourir un album où se dévoile l’avenir du monde tous les dix ans durant trente petites minutes. Comment vivre ou plutôt tenter de survivre avec un tel héritage ?

Humour, mystère se mêlent à un pessimisme certain. La volonté des dirigeants de ce monde à vouloir le bonheur de l’humanité n’existe pas pour Brussolo et seule semble compter celle de préserver le pouvoir de quelques nantis.