Mon âge

Vaut-il la peine d’écrire ici sur un livre sur lequel on aura finalement si peu à dire et rien  (ou presque) à retenir ?

J’avais pourtant été attiré par le texte de présentation toujours sensible aux notion d’âge, de temps. Mais cette impression de notes jetées là, ce récit éclaté, déstructuré ne m’ont pas touché. Pire, il m’ont fortement ennuyé. Ecrit dans ce style de cours élémentaire propre à la littérature contemporaine, cet exercice ressemble fortement à une collection de rédactions sur tous les thèmes qui ont passé par la tête de l’auteur. Répétitions, considérations stupides, poncifs et descriptions infantiles se suivent quelque soit l’âge supposé du sujet.
Et finalement, on se demande si cette écriture puérile ne masque pas par snobisme ou parisianisme une réelle vacuité de pensée. Vacuité qu’au fond l’auteur revendique pour échapper au temps et à ses ravages !

 

Le corps de ma mère

Je me souviens encore enfant, en Tunisie, avoir de nombreuses fois croisé ces énigmatiques femmes couvertes de bracelets et de pendentifs, parfois de tatouages. Ma grand-mère maternelle qui, par son physique méditerranéen, aurait pu être l’une d’elles avait d’ailleurs conservé ces lourdes fibules et ces bracelets d’argent qui ressemblaient à de grosses menottes. On les craignait sans les connaître comme on craignait en France les lanceuses de sort.
Fawzia Zaouri a tenté de nous retracer l’existence de sa mère, fille d’un petit village du bled tunisien, cette mère que j’aurais pu rencontrer enfant.

Presque ethnographique si on ne s’attache qu’à la seule substance des informations retrouvées, souvent poétique et lyrique, le récit de cette femme expatriée maintenant en France est exceptionnel. Car si il est bien une communauté au monde fermée à toute divulgation intime, c’est bien celle des femmes musulmanes.

Le personnage haut en couleurs de cette mère s’affirme au fil du livre pour nous livrer une femme courageuse et pragmatique mais baignant aussi dans l’obscur mondes des Djinns et des mannes ancestrales. Loin de la soumission aux hommes que l’on imagine, souvent manipulatrice, cette mère obligée laisse exploser, la maladie venant, ses frustrations et ses désirs. Médiatrice entre un monde que l’on croyait heureusement perdu et le modernisme libéré dont sa fille vivant en France est la brillante image, elle confie ses souffrances et ses rêves à une élue mais pas aux siens.

Ces femmes dignes et maltraitées par l’Islam car Allah ne les aime pas et s’en défie, persifle les Imams on fait et feront la Tunisie de demain. Un roman riche d’enseignements.

Le vieux saltimbanque

Je viens de lire que Meryl Streep se demandait qu’est-ce que l’on pouvait bien trouver à Jerry Lewis qui ne la faisait pas rire. Jerry comme beaucoup d’artistes de génie américains ont du leur succès à la France. Ce fut aussi le cas de Jim Harrison qui dans ce dernier livre de mémoires redit combien la France lui a sauvé la mise et permit de vendre et donc de continuer à écrire. On ne dira jamais assez que notre pays fut et doit rester ce lieu privilégié de croisement de toutes les cultures du monde dans le respect et la tolérance.

Dans « Le vieux saltimbanque », le grand Jim Harrison nous livre ses dernières confessions. Drolatique et iconoclaste, le livre nous apprend comme élever des cochons, se sortir d’une fosse sous-marine et combattre des saltimbanques maudits. Tragique aussi, on y apprend comment l’âge venu, il faut renoncer au sexe, parfois à l’alcool mais jamais à la poésie.
Paradoxe vivant et maintenant mort, Harrison aimait les oiseaux et la poésie tout en tombant dans les poncifs du père Hemingway, genre : chasse, pêche et biture. Du vieux saltimbanque, on continue à apprendre que l’on ne doit jamais se fier aux apparences et que Dieu peut être une rivière à truites ou même une ex-rivière sans truites et sans eau.

Le dernier Gardien d’Ellis Island

Une partie de ma famille a émigré de Malte pour s’installer aux Etats-Unis où aujourd’hui elle a fait souche. Vers 1910, mes ancêtres sont donc passés par Ellis Island, îlot non loin de New-York où étaient sélectionnés ceux qui pourraient entrer et vivre dans le pays. C’est dire si le roman de Gaëlle Josse m’attirait.
S’attachant aux souvenirs du dernier directeur du centre administratif de l’île, Gaëlle Josse imagine, sans réelle surprise, sa rencontre avec une belle immigrée. Rencontre sur laquelle je ne peux m’étendre de peur de vous gâcher la lecture de ce livre.
On ne peut dénier une certaine qualité d’écriture au romancier mais ne développant pas assez la psychologie profonde de son personnage ou l’ardeur de son amour pour cette femme, on s’attache finalement assez peu à une histoire dont on devine l’issue.
L’ouvrage aurait donc mérité soit plus d’ampleur, soit au contraire beaucoup moins encore !
Et l’on se plait à imaginer comment un Stefan Zweig ou un Somerset Maugham aurait pu magnifier cette rencontre dramatique en une simple nouvelle.
Cependant on peut, au fil du récit, reconstituer ce que fut la dureté de cette quarantaine obligée pour les plus misérables, se réjouir que tout cela n’existe plus ou au contraire craindre que cela ne revienne…

Faire l’amour avec Dieu

Voilà un livre au titre bien étonnant et qui pour beaucoup doit passer passer pour choquant. Son contenu pourrait ne l’être pas moins.

Quels sont donc ces étranges rapports qu’entretiennent les mystiques de tous horizons avec leurs Dieux ? Sont-ce des rapports sexuels ?
Sous cette forme qui plait tant aujourd’hui voilà un livre qui recense de bien surprenantes vies de Saints, d’étranges relations et comportements entre humains et divinités.

Ils n’apprendra sans doute rien à ceux qui connaissent bien les phénomènes attenants aux envolées mystiques mais pour tous ceux qui les ignorent, ce livre distrayant est une source constante de découvertes.

On peut déplorer peut-être une certaine dispersion sur un sujet qui aurait mérité une plus grande acuité intellectuelle. Les premières pages expliquant comment par une montée de l’énergie à travers les différents centres subtils du corps humain peut se produire l’extase et ce, quelque soit la religion ou le Dieu prié, ouvrent pourtant fort pertinemment l’ouvrage.
Car tel est le but que se fixent consciemment les mystiques de l’Orient, le chemin que suivent inconsciemment ceux de l’Occident. L’ascèse posturale et spirituelle des yogis ne vise qu’à ouvrir la voie à l’énergie de la Kundalini sacrée. La méditation, les privations et les prières des mystiques par ailleurs dans le monde n’ouvrant cette voie que par le renoncement de soi et l’ouverture spirituelle à l’autre. Le résultat étant le même : l’extase perçue comme coït et que finalement seul l’esprit commande dans son accession à l’illumination. Jung avait compris toute l’importance de cette remontée de l’énergie sexuelle vers les centres supérieur de l’homme et l’on aurait aimé que l’ouvrage se concentre d’avantage sur cette clé.
Quoiqu’il en soit, ce livre reste une source d’étonnement bien agréable et rare dans le monde actuelle de l’édition.

Ma première lecture pour Litteratureaudio.com

Lire un livre à voix haute est une véritable ascèse ! Surtout si comme pour ce « Là-bas » du génial Joris-Karl Huysmans, il est truffé de mots incertains et de péripéties terrifiantes.
Il m’a fallu plusieurs mois pour venir à bout de ses 22 chapitres et 440 pages consacrés à l’enquête du journaliste Durtal sur le satanisme passé et contemporain.
Le site Litteratureaudi.com vient de mettre en ligne cette lecture qui je l’espère, plaira à ses auditeurs.

Voici donc aussi pour les amoureux de littérature l’occasion de découvrir ou de redécouvrir un site essentiel qui aura bientôt quelques 6000 ouvrages en catalogue. Dirigé en association de bénévoles d’un grand professionnalisme et d’une extrême gentillesse, ce site fait honneur à l’internet pour son esprit de partage et d’abnégation.

La vie rêvée de Virginia Fly

Virginia pour Vierge et Fly pour sa propension à planer à 10 000 !
Etrange idée d’éditer ce roman anglais des seventies, les choses ont tellement changé depuis !
Les Vierges se font rares à l’exception de certaines contrées où leur persistance à le rester tardivement inquiète plutôt qu’elle ne rassure, coucher avec n’importe qui et sans préservatif devrait, au contraire, ne plus exister du tout.
Virginia est, disons-le, une cruche du plus bel effet. Elle vit, rêvasse à des viols insensés depuis qu’elle s’est faite tripoter furtivement dans un cimetière et demeure toujours, à la trentaine passée, avec papa et maman.

Mais est-ce bien là le sujet de ce roman, tant commenté de la sorte ?

A une anglaise répondons par une phrase de Napoléon :
« Dans tout ce qu’on entreprend, il faut donner les deux tiers à la raison, et l’autre tiers au hasard. Augmentez la première fraction, et vous serez pusillanime. Augmentez la seconde, vous serez téméraire. »
C’est à cette délicate mathématique qu’obéissent les oscillations de l’âme de la pauvre Virginia. Peu à peu, elle va tenter de comprendre comment cette âme délaissée fonctionne, la part qu’elle doit au sexe, celle qu’elle devrait réclamer à l’amour. Mais ce lent apprentissage arrivera-t-il à la laver de cette hypnotique pusillanimité ?
Cette subtile étude de caractère nous fera très certainement penser à quelque indécis de nos entourages. A ce titre ce roman léger et so british reste parfaitement universel et intemporel.

A quoi rêvent les loups

Il faut avoir le cœur bien accroché pour lire ce livre de l’algérien Yasmina Khadra. Relatant l’enfer intégriste que traversa l’Algérie dans les années 90, le roman s’attache à l’itinéraire sanglant d’un jeune homme qui rêvait de devenir une star du cinéma et ne fit que tomber dans les griffes de l’extrémisme religieux.
Khadra (qui rappelons le est un homme) a choisi de ne rien édulcorer de la folie qui s’empara de son pays. Disséquant les motivations de ce jeune loup, il nous décrit une Algérie ravagée par la misère, la corruption et la violence. Même si l’Occident croit savoir, voir comprendre ce qui se passe dans de telles circonstances, on se rend compte finalement, à la lecture du livre, que nos informations restent bien en-deçà de la plus sordide des réalités.
La tragédie sans fin de l’Algérie a jeté sur les routes bon nombre de ses fils, dont l’écrivain et on comprend que tenter de survivre dans le pays à cette époque n’était qu’affaire de chance.
D’une plume alerte, sans concessions, le roman court sur quelques 250 pages sans que jamais l’on ne décroche.
Un seul bémol peut-être, pour constater que tous les protagonistes du livre parlent une langue souvent bien trop littéraire pour être vraie. Mais même cela, s’oublie très vite compte-tenu de l’intensité du récit.

Foutez-vous la paix !

Insupportable leitmotiv déjà. « Foutez-vous la paix » . A cette expression assez racoleuse, il aurait fallu préférer « Soyez bienveillant ! ».
Car au fond, tout au long de cet essai où l’on parle aussi beaucoup trop de méditation, il est bien question d’être moins dur et avec soi et avec les autres.
Une évidence que ne le devient dans ce monde cruel qu’avec l’acquisition d’une certaine sagesse et souvent sur ses vieux jours.

Alors que nos vies sont si courtes, elle sont empoisonnées, c’est vrai, par toutes sortes de préceptes et d’obligations. Certains justifiés par la volonté de vivre ensemble, beaucoup d’autres par celle de gagner sa pitance.
Dans le monde impitoyable du travail, la bienveillance n’est pas de mise, elle passe alors pour de la faiblesse.
On se souvient de l’admirable ouvrage d’Alexandre Jollien « Eloge de la faiblesse », et peut-être de Paul Lafargue qui clamait déjà le droit à la paresse.

Vivre avec compassion et bienveillance, aussi bien pour soi que pour tous les autres ne peut s’accomplir que dans une société idéale ou retirée du monde. Une sorte de Shambhala, libérée de toute empreinte économique. Une pure utopie exempte du struggle for life. On ne peut alors que biaiser, composer, essayer de ne pas perdre et son âme et sa santé dans ce triste Monde.
Méditer est alors tenter d’oublier cette agitation démente pour ce recentrer en une partie de soi éternellement préservée.

Mais il y a aussi d’autres formes de méditations…

J’ai moi aussi pratiqué la méditation, non pas pour calmer cette agitation mais pour qu’en moi circulent plus librement tant d’énergies bouleversées ou bloquées par nos tensions quotidiennes. Car la vie, les autres perturbent, phagocytent votre énergie et cela que vous soyez bienveillant ou pas.
Méditer, c’est aussi laisser s’accomplir ce long travail d’assimilation au monde et à ces troubles. Travail qui va nous grandir, développer en nous, justement bienveillance et compassion, répartir plus harmonieusement notre énergie primordiale.
C’est un domaine d’une extrême complexité ou toute tentative de simplification est réductrice. C’est d’ailleurs en cela que la méditation est la plupart du temps devenue, elle-aussi en Occident « un produit » comme un autre.

Les mal partis

Entre littérature et cinéma, le cœur de Sébastien Japrisot balançait souvent. On se souvient de Compartiments tueurs,  l’Eté meurtrier, La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil et de beaucoup d’autres excellents scénarios portés à l’écran. Après avoir réalisé quelques courts métrages, il adapta à l’écran son propre roman : Les mal partis en 1975.
Ceux qui eurent la chance de voir le film se souviennent de l’émouvante interprétation de France Dougnac, jeune sœur Clotilde éprise d’un adolescent de 14 ans. Peu diffusé, peu critiqué, ce premier long métrage marqua malgré tout les esprits. Il faut dire que les relations amoureuses d’une nonne de 26 ans et d’un enfant avaient de quoi choquer même le public des années 70. Le roman, le premier de Japrisot, publié en 1950 avait outré bien d’avantage. Mais valait-il le film ?
Malheureusement souvenirs contre lecture, je pense avoir préféré l’adaptation cinématographique au roman. Certains on dit que le style du livre était simple, épuré, je le trouve naïf et souvent même particulièrement niais. Les dialogues sont puérils et très mal adaptés aux personnages. L’enfant ayant parfois une maturité totalement irréaliste et la nonne au contraire, une absence de réflexion affligeante.
On se prend à songer à ce qu’aurait pu donner un scénario aussi sulfureux traité par Peyrefyte ou Montherlant…
Mais à sa décharge, Japrisot n’avait que quelques trois années de plus que son jeune héros lorsqu’il écrivit ce roman, troublant toutefois.