L’assassinat de John F. Kennedy

Attention ce livre est dangereux pour votre confort mental. Il fera de vous un très vilain « complotiste ».

Ecoeurement, voilà le sentiment dominant à lecture de cet ouvrage remarquable.
Tout d’abord parce que l’on se rend compte à quel point la Presse et l’information sont mondialement manipulées pour couvrir un système mafieux globalisé.
Oui, l’assassinat de Kennedy fut un complot.
Et de Gaulle qui était bien placé pour en reconnaître un, le raconta clairement à Alain Peyrefitte dès novembre 1963 :

 » On ne saura jamais la vérité. car elle est trop sensible, trop explosive ; c’est un secret d’Etat. Ils feront tout pour la cacher ; c’est un devoir d’Etat. Sinon, il n’y aurait plus d’Etats-Unis. »

On s’est bien gardé de répandre cette appréciation du général.

Sous l’apparence d’un pays de liberté et de justice se dessine aux Usa, tout au long du livre, tout le contraire. Manipulations du FBI et de la CIA, corruptions de la police et de la justice par la mafia, turpitudes et double jeu du Pouvoir, éliminations physiques des témoins indésirables…

On pourrait respirer, soulagés enfin en songeant qu’en France au moins …
Mais ce serait oublier l’affaire Boulin, l’affaire Alègre, les meurtres de l’Elysée… Où comme aux USA, la Presse, la Justice ont préféré crier haro sur les complotistes plutôt que de trouver le courage de faire leur travail en conscience.
Un ouvrage complet, précis et clair, salutaire aussi mais infiniment dur pour ce qui nous reste d’illusions.

Les aventures de Jack London

L’image contient peut-être : texte

On est, semble-t-il,  jamais mieux desservi que par ses proches !
Non pas que cette biographie du grand Jack London (1876-1916) soit inintéressante, bien au contraire. Mais elle est partielle et forcément orientée puisqu’écrite par Charmian London, sa seconde épouse qui ne vécut avec lui que durant ses dix dernières années.
Bien sûr, les traits dominants du caractère de l’aventurier y sont bien dressés mais pour cela, il suffit de le reconnaître au travers de tous les héros de ses romans. Car que ce soit le Wolf Larsen du « Loup des mers » ou  « Martin Eden » et à fortiori le vagabond de « La route », il s’agit toujours bien de lui.
On y découvre cependant, un homme certes physique et volontaire mais aussi sujet au doute et à la dépression. Self made man en tout et avec cette assurance nietzschéenne de pouvoir vaincre tous les défis, il fut socialiste dans une Amérique peu portée au souci des plus faibles.  Il apparaît ainsi sous toutes ses contradictions car il ne crachait absolument pas sur les dollars et sur yacht, ferme et cheptel qu’ils permettaient d’acquérir. Souvent aussi ses jugements sur l’histoire se révélèrent être à côté de la plaque.
En bref, pour connaître avec plus d’acuité ce personnage complexe, il convient sûrement de lire une biographie plus complète sans pour autant rejeter ce témoignage d’une très proche.

Une petite anecdote :
Cet ouvrage, je l’ai déniché chez un bouquiniste, rien de très exceptionnel si ce n’est qu’il est dédicacé par sa traductrice française à l’académicien André Maurois de son vrai nom Emile Herzog. (Hommage écrit-elle)
Or, ce livre est envoyé à André Maurois en 1927 et l’on sait par l’écrivain que les allemands s’emparèrent de sa bibliothèque, il écrit en 1946 : « Ne trouvant pas l’homme, la Gestapo a pris la bibliothèque ».
Son livre a donc fini par arriver entre mes mains après avoir intensément voyagé  !

Parfums des étés perdus

Ces parfums sont ceux d’une enfance et d’une adolescence vécue en Tunisie par le petit juif Claude Brami.

J’ai souvent été frappé de voir combien ceux que j’avais connus et qui avaient vécu en Tunisie, gardaient le sourire aux lèvres lorsqu’ils évoquaient leur enfance. Les copains, les parties de foot, les baignades, la pêche, les filles…
Quelque chose de plus cependant qu’une période de vie passée n’importe où ailleurs. Une sorte de liberté extraordinaire au soleil, enrichie du contact des autres communautés.  La faconde vaniteuse et la religiosité apeurée des italiens, la rouerie souriante des juifs et des maltais, la vitalité fière des arabes tout cela se mélangeait pour créer un terreau riche en aventures.
Mais ces parfums sont aussi ceux des jeunes filles en fleurs, ceux d’Angeline-la grosse, de Laetitia la réservée, de bouche-folle, de Mabrouka. Premiers émois, première expériences sexuelles…
Il ne faudrait pas croire à me lire que ce livre baigne dans la candeur et la niaiserie souvent associées à ces récits d’enfance. Les drames, la mort, la violence, Brami ne les a pas oubliés non plus.
Le style de l’auteur est simple mais riche et lui avait valu d’obtenir en 1991 le prix du Grand Public RTL.

Bruxelles


Dans le train confortable qui me conduisait à vive allure de Bruxelles à Gand, un vieux voyageur racontait à son ami que son épouse hôtesse de gare et néanmoins belge annonçait avec cet imitable accent :
« Les voyageurs sans bagages prennent la porte de gauche. Les voyageurs avec bagages prennent aussi la porte de gauche ». Je ne me doutais pas que cet homme avait lu Mirbeau. Mais La collection « Heureux qui comme… » publiée par Magellan et cie et Géo a eu la bonne idée de présenter des textes d’écrivains célèbres et voyageurs.  Et donc, ce « Bruxelles » d’Octave Mirbeau qui est extrait de son livre « La 628-E8 » numéro d’immatriculation de son automobile avec laquelle il parcourut l’Europe.
Mirbeau avec son ironie vacharde mais son immense talent, son style brillant mais ici salement galvaudé se « paye » Bruxelles. Il exagère toujours mais parfois  la pique tape juste comme lorsqu’il décrit le Palais de Justice : « C’est tellement laid que cela en devient beau… »
Mais l’ouvrage n’a d’intérêt que lorsqu’il dénonce les atrocités commises par les colons belges au Congo et il nous semble lire avant l’heure Albert Londres évoquant les bagnes ou les asiles de fous. Courageux Mirbeau.
Il s’excuse toutefois d’avoir tant moqué la ville avec cette phrase savoureuse :

« N’avons nous pas l’esprit de Toulouse qui caricature l’esprit de la France, au moins autant que l’esprit de Bruxelles celui de la Belgique ? »

Les prédateurs au pouvoir

8 euros pour 63 pages, mais une petite bombe comme le fut en son temps l’ouvrage plus connu et déjà oublié (hélas) de Stéphane Hessel « Indignez-vous ».
Le fond en est d’ailleurs très voisin, une profonde indignation devant la grande braderie de tous nos principes fondateurs face au dieu pognon. Nos dirigeants sont des milliardaires, Macron sort de chez Rothschild et tous sacrifient les acquis sociaux de nos ancêtres sur l’autel odieux du profit . Avec cynisme, mépris ont joue en bourse sur les services à la personne, l’écologie, l’information sous l’œil vitreux des bovins que nous sommes devenus.
Mais plus que des prédateurs, je qualifie cette caste de parasites. L’étude en ce sens du couple Pinçon devrait être élargie à tous ceux qui aspire le flux de vie que devrait être l’Argent : banquiers, assureurs, notaires, pétroliers et plus généralement tous ceux qui scrutent le moindre signe de vie financière pour s’en nourrir.

Comment vivre en héros

Fabrice Humbert était pour moi un parfait inconnu avant que je ne reçoive gracieusement son dernier livre « Comment vivre en héros ? » chez Gallimard dans le cadre des opérations de découvertes lancées par Babelio. Merci à eux.
C’est dire si j’abordais l’ouvrage sans à priori.

Y-a-t-il dans la vie de chacun ou de chacune, un moment où l’on sait réellement qui l’on est ? Face au danger, à la torture, pour protéger un innocent quel serait notre comportement ? Subissons-nous une sorte de karma familial ? Que doit-on sacrifier pour atteindre un idéal de pureté ?  Enfin et surtout, nos faux pas nous collent-il vraiment à la peau ?

Après un début assez poussif, fait de poncifs (le père ouvrier communiste et vindicatif, les quartiers défavorisés, la boxe…), des expressions assez malheureuses (une fille est « une boîte à fantasmes »), des répétitions ( On apprend par trois ou quatre fois que le héros sait démonter un moteur de deux cv, que des « broncas » tauromachiques secouent les classes d’un lycée) qui me firent craindre le pire, le dernier roman de Fabrice Humbert décolle lourdement.

Fait d’une écriture simple, nous suivons sans surprise Tristan son « héros » et sa famille dans leur quête et tentatives pour répondre à toutes les questions ici posées en exergue.
Chapitre après chapitre, on se demande si le roman va virer au précis de psychiatrie façon Henri Laborit ou Boris Cyrulnik, au roman de gare façon Marc Levy ou aux marvel comics à la Spiderman.
Mais finalement, l’auteur lui-même nous confie une clef de lecture incontournable et définitive :
« La littérature et surtout le roman, est une machine idéologique désespérée. Elle tente à l’infini de rappeler au corps social des idéaux de pureté qui n’ont plus cours et n’ont en fait jamais existé en se réfugiant dans des situations idéalisées et à mon avis artificielles. »
Ite missa est !

L’abbé Jules

Formidable roman que cet « Abbé Jules » d’Octave Mirbeau.
Peu connu sans doute, et l’on comprendra aisément pourquoi lorsqu’on l’aura lu. Jubilatoire, iconoclaste, une sorte de « Mon oncle Benjamin » ensoutané !

L’abbé Jules, c’est un curé de campagne. Enfant sûrement d’une remarquable intelligence, fruit d’une mère mystique et d’un père alcoolique, prêtre sur un coup de tête.
« Je veux me faire curé, Nom de Dieu » !
et qui toute sa vie va tenter de juguler « ses sales passions ».

Acariâtre, misanthrope, trop lucide pour ce contenter des simagrées de ses confrères en curetonnage, il va dès lors vivre d’une existence faite d’impiétés, de mystifications, de provocations.
Il est inutile d’en dire plus de peur de gâcher les constantes surprises qu’offrent ce roman riche en étonnements blasphématoires.
Avoir imaginé ce personnage était déjà une terrible idée d’écrivain mais Mirbeau a su l’entourer de tant d’autres figures inoubliables et ce avec un tel style, un tel talent que je n’hésite pas à qualifier l’ouvrage de chef d’oeuvre d’impertinence et de drôlerie.
Sûrement l’un des meilleurs romans que j’ai pu lire ces derniers temps et à recommander chaudement.

Le passeur de lumière

Ce « passeur de lumière », c’est Nivard de Chassepierre, jeune orfèvre que les neuf templiers fondateurs de l’ordre vont prendre sous leur protection pour le transformer en maître verrier.  A travers l’Europe et l’Orient médiéval va alors commencer la longue épopée de joie et de peine de l’apprenti qui reviendra Adepte.
On le comprend, le roman de Bernard Tirtiaux, lui même verrier, devra se lire selon le double sens d’une tumultueuse aventure et d’un récit d’initié. Les 33 chapitres du livre en témoignent, le trente troisième et dernier étant aussi le dernier grade maçonnique où tout est sensé être révélé. Les symboles abondent en conséquence : le polissage de l’être, le voyage vers le grand Orient, sa mort et sa résurrection à la lumière.
Tirtiaux n’est bien sûr pas le premier à vouloir assez naïvement bâtir un roman allégorique, il n’y a qu’à relire l’oeuvre de Jules Verne ou la BD de Pleyers « Jhen » pour le constater.
Cela mis à part, le récit est prenant, empli de rebondissements et de surprises, baroque et violent parfois. On finit par s’habituer à un style dont la distanciation poétique laisse parfois regretter un certain manque de simplicité ou d’authenticité. On regrette aussi que l’auteur se soit approprié de véritables personnages historiques pour les façonner à son imagination comme c’est le cas pour Hugues de Payns et qu’il tombe dans certains poncifs de l’ésotérisme populaire à propos des templiers. Mais cela ne gâche en rien le plaisir de son lecteur à suivre l’existence forte de Nivard, le maître verrier.

Le journal d’une femme de chambre

Je n’avais ni vu les films ou téléfilms, ni lu quoique ce soit sur le roman. C’est donc sans à priori que j’ai abordé le célèbre ouvrage ancillaire d’Octave Mirbeau. Et, il est sacrément décapant, même pour notre époque pseudo libérale ou je crois, il ferait toujours scandale. Il suffirait pour cela de déplacer son personnage principal dans les milieux aisés ou bobos de nos sociétés.

Roman purement misanthropique, le journal d’une femme de chambre n’épargne rien ni personne. Et l’on aurait tort de croire qu’il prend le parti des servants plutôt que celui de leurs maîtres. Pas plus que les bourgeois qui les commandent, les domestiques n’ont de sens moral. Critiques, malhonnêtes, portés au vice parfois à la violence, ils se rejoignent tous dans l’abjection.

Mirbeau ne semble d’ailleurs même par s’exclure de cette bassesse généralisée. Il dépeint en la personne d’un écrivain parisien qui s’est donné pour croisade de fustiger la folie et le désordre du monde, un homme qui pourrait bien être lui . Mais constate avec réalisme son défaut d’orgueil.

L’exercice du journal en littérature est complexe. Ecrire en se faisant passer pour une autre implique de plonger totalement dans son esprit, sa culture. Ici Mirbeau dérape souvent en reprenant les rennes de son discours. Lorsqu’il narre des dîners en société et qu’il fait longuement parler ses invités, on sent qu’il est impossible que cela soit le récit d’une femme de chambre aussi intelligente fut-elle. Parfois aussi son vocabulaire est soit trop fin et recherché (apologie, ostentation) ou trop répétitifs (cet agaçant « épatant », très 1900 et mis ici à toutes les sauces).
Mais qu’importe, on se prend au jeu et on suit avec facilité les péripéties de cette femme perdue. Cependant, il reste très difficile sous cet artifice de vouloir juger du style de l’auteur.

Mirbeau se place ici, beaucoup plus dans la mouvance d’un Maupassant dont il retrouve le cynisme et la cruauté que dans celle des naturalistes dont il n’a pas la lourdeur. Le journal d’une femme de chambre reste cependant d’une lecture fluide et divertissante.

Un alchimiste raconte

Quel étrange et fascinant personnage que ce Patrick Burensteinas ! L’homme s’annonce alchimiste et bon nombre de livres, guides, vidéos déjà édités sous son nom démontrent qu’en ce domaine, il sait de quoi il parle. Et il parle fort bien.
Le verbe de Patrick Burensteinas est envoutant et le succès de ses interviews sur Internet le prouve amplement.
Son dernier livre raconte son itinéraire de chercheur mais aussi expose ses découvertes. Elles sont bien évidemment totalement voilées quant à la Pierre Philosophale.
A lire, l’enthousiasme, l’étonnement, le bonheur qu’il sait procurer à ses semblables, on se dit qu’en effet, cet homme a du plonger à un moment de sa vie dans un bain vivifiant son intelligence et son énergie vitale.
Cependant, son récit laisse aussi apparaître une prédétermination de la Providence en sa personne car il reconnait avoir vécu plusieurs expériences étranges avant même d’avoir atteint le Graal des Philosophes de la Matière.
Intelligent, volontaire, courageux, sympathique avec assez d’orgueil pour soutenir des ambitions surréalistes, il a atteint le but ultime de l’Alchimiste, dit-il. Mais après cela, comment trouver encore un sens à son existence ?
L’or et les diamants sont au fond bien difficiles à négocier sans mention d’origine et l’Alchimiste va très vite s’ennuyer, déprimer si il est incapable de partager ou de tenter de soulager la misère du monde. Rien de nouveau sous le soleil.
A cette différence près que les Anciens Adeptes  se faisaient, par peur, très discrets, ce qui est l’exact contraire de Patrick Burensteinas en un siècle où tout s’expose trop vite et où aussi, peut se démultiplier une connaissance nouvelle et salutaire.
La seule pondération que l’on puisse porter au plaisir de lire ce livre qui nous peint « les choses qui sont derrière les choses » est que Patrick Burensteinas n’ait que peu ou pas mentionné des hommes comme Henri Coton Alvart qui le premier écrivit sur la nature de la vraie lumière et son « poids » sur la matière, Henri La Croix-Haute, son disciple, Richard Khaitzine qui le premier organisa des visites alchimiques de lieux célèbres…
Contrairement à l’introduction de cet ouvrage, il faut aussi dire qu’il existe beaucoup plus de véritables alchimistes que les dix par siècle annoncés ici. Mais ils demeurent fidèles à la Tradition de discrétion et de charité qui était celle de leurs paires.