Le Principe de Lucifer

Le Principe de Lucifer est un livre qui a bénéficié du talent de son auteur Howard Bloom et de son distributeur en France, Pierre Jocanovic, deux excellents publicistes et bateleurs.

L’ouvrage est une somme de quelques 500 pages auxquelles s’additionnent notes et références bibliographiques. Mais une fois le livre fermé, on s’interroge vainement sur ce qu’il peut avoir de si novateur, de si décoiffant.

Car qui ignore que la nature est impitoyable ? Nous savons bien qu’il n’a jamais existé de bons sauvages que dans la tête de quelques philosophes de salons. Vivre est un combat que l’on mène chaque jour plus ou moins intensément et la sélection naturelle implique forcément le tri par élimination des plus faibles.
Que ce qui est constaté au niveau des espèces puisse s’appliquer au niveau des nations ou des groupes, ici nommés « superorganismes », là encore, je crois que tout le monde s’en doute. Nos livres d’Histoire ne sont que les récits de ces luttes entre « superorganismes ». Certes stabilisés (plus ou moins en ce qui concerne les démocraties) ces rivalités essaient de ne plus verser dans les conflits les plus sanglants. Bloom à ce propos, étudie peu l’incidence de la menace nucléaire, le rôle de l’ONU…
Pour l’auteur, le combat d’aujourd’hui se fait autour de grands concepts  les « mèmes » (Richard Dawkins) qui auraient une sorte de génétique leur assurant croissance et survie. L’idée est éculée, une fois encore et l’on sait bien le prix en vies humaines de quelques idées éphémères à l’échelle des siècles.
Enfin le monde s’organiserait en termes de préséance, sorte de loi du plus fort, ce dont nous ne doutons pas non plus.

En résumé, l’évolution a besoin de ce que nous nommons le Mal ou principe de Lucifer. Elle se construit sur la complexité de la vie, évoluant par amalgames et laissant survivre le plus adapté.
Rien de bien neuf, ni de bien étonnant pour moi dans tout cela. Reste, une foule d’exemples tirés de l’ethnologie, de la biologie, de l’étude des comportements humains et animaux qui rendent ce livre instructif et distrayant.

Marc Petit : Dans le secret d’une oeuvre

Ma route a croisé par deux fois celle des oeuvres de Marc Petit. Chez une amie lotoise commune, j’admirais deux de ses sculptures puis avec elle, je visitais le musée du Lazaret d’Ajaccio, rassemblant de très belles pièces de Marc Petit.
Mais ce livre, par la proximité des superbes photographies de ces douze hauts-reliefs nous plonge pleinement dans l’intimité du travail de l’artiste.
Portées plus que révélées par la poésie des textes de Muriel Mingau, ces sculptures, ces photographies de l’artiste au travail nous émeuvent, nous bouleversent. Elles disent tant à nos inconscientes souffrances, à nos peines et nos joies défuntes ou à venir.
Cette ronde des vies est la notre comme elle est celle de Marc Petit que l’on voit modeler la matière comme la matière nous modèle, nous compose en une fusion de l’être appelée à s’évanouir. La fixation de ces itinéraires par le combat du sculpteur n’est que l’espérance d’une survie qui s’exprime, hurle, pleure et rit aussi. La brièveté d’une percée fugace dans cette matière brute est notre vie et la fixité de l’oeuvre du sculpteur nous fascine pour cela.
Cette fresque gigantesque et intime des jours et des mois, entre naissance et mort, infini et fini est hypnotisante, envoutante, sombre et belle aussi.
Merci.

Le roman d’un enfant

On connait de très beaux récits d’enfance, ceux de Chateaubriand, de Marcel Proust, d’Ernest Renan… A ceux-là et bien d’autres encore, il faut ajouter ce tendre recueil de souvenir de Pierre Loti.
Un psychanalyste devrait se régaler à tenter de discerner en quoi l’enfance du petit Pierre formera la personnalité complexe qui fut celle de l’écrivain.

C’est avec une infinie délicatesse que Loti se remémore ces longues rêveries passées les livres à la main, isolé dans les galetas ou au jardin, ses constructions habiles de décors miniatures, ses promenades, son petit musée de curiosités, ses parents… Déjà, on discerne ce gout théâtral de l’exotisme qui l’habitera plus tard au point de transformer sa maison en un immense et somptueux décor.
On y perçoit aussi naître son désir d’aventures porté par ses lectures.
C’est avec beaucoup de sensibilité, d’honnêteté aussi que Loti a composé ses récits fins de son enfance que l’on lit ou relit toujours avec plaisir.

Un autre corps pour mon âme

Voici un livre qu’il faut lire en abandonnant tout raisonnement cartésien ou zététicien car sans cette orientation d’esprit ses révélations en seraient totalement gâchées. Libre à soi, une fois l’ouvrage fermé, de le passer au crible de notre pseudo raison.
Ainsi, vierges de tout à priori, on découvre une organisation, une ampleur merveilleuse de notre univers que jamais à l’exception de quelques religions ignorées ici en Occident (comme le Jaïnisme) on ne nous a enseignées.
L’après-vie s’y révèle organisé dans un flux constant de progression vers l’absolu nommé ici « La source ». Paradis, purgatoire et enfer n’y ont aucune place. Plus que dans tout traité de mystique ou de philosophie, on puise ici réflexion à ce que pourrait être ce qui structure nos vies et leur apparente absurdité.
L’ouvrage est vivifiant et on peut en effet se dire que ces personnes mises sous hypnose ont pu divaguer. Il est à noter qu’elles le font toutes dans le même sens, ne se connaissant pas. on peut aussi se dire qu’elles puisent en un fond commun de l’humanité cher à Jung. Mais qu’importe ! Si tout cela est vrai, leurs révélations n’en sont pas moins formidables de logique, allant étrangement à contrario de tant d’enseignements surfaits et qui pourtant auraient du marquer les inconscients.

Mort d’un Chevalier blanc

Ivanhoé ! Ivanhoé ! Je me revois encore petit, chanter à tue-tête le nom du héros de Walter Scott brandissant ma belle épée de plastique gris à bout de bras.
Celui qui fut le héros de mon enfance s’en est allé aujourd’hui.
Sir Roger Moore nous a quittés.
il incarnait si bien avec beauté et panache blanc ces héros invincibles et charmeurs : Ivanhoé, le Saint, Lord Brett Sinclair et le commandeur Bond.
Plus tard, je compris que Roger Moore était un acteur au jeu finalement assez limité et il se chargea lui-même d’avouer qu’il avait si peur des armes à feu qu’il fermait les yeux chaque fois qu’il tirait au Beretta et obligeait ainsi les monteurs à couper ses images aux yeux clos. Mais c’était trop tard, il était devenu mon héros celui à qui je rêvais de ressembler.
L’homme se confondait tellement bien avec ses personnages que tout passait derrière son regard ironique et son humour détaché so british.
Lorsqu’on lui posait la question : Comment aimeriez-vous que l’on se souvienne de vous ? Moore répondait :
« Que je le veuille ou non, je serai toujours un ex-James Bond, un ex-Ivanhoé, un ex-Saint. J’ai toujours été un ex-quelque chose. Remarquez qu’il vaut mieux avoir été un ex-quelque chose qu’un ex-rien du tout ! »
Ou encore : « Il n’y a rien de pire que de ne pas être en pleine possession de son corps, excepté être mort ».
« Je ne raterai mon enterrement pour rien au monde, ce sera la dernière fois que je me conduirai comme une star ! »
Ses traits d’esprit son légion. Il faut lire son journal de bord du film « Vivre et laisser mourir » ou sa biographie : « James Bond par Roger Moore : 50 ans d’aventures au cinéma », pour doser son éternelle nonchalance distinguée.

Mais Moore était surtout un homme de coeur : 4 épouses, un infarctus, et une implication sans borne pour les droits de l’enfance qui a fait de lui un véritable chevalier et authentique commandeur de sa Majesté !

Le duel

Loin des aventures maritimes (Typhon, Le nègre du Narcisse) qui rendirent célèbre l’écrivain d’origine polonaise Joseph Conrad, ce court roman est un chef d’oeuvre.
Alliant une remarquable connaissance de l’épopée napoléonienne à une maîtrise avérée du suspens, Joseph Conrad nous tient en haleine sur la seule trame d’une opposition aussi tenace que stupide entre deux soldats de l’Empire.
Sous la légèreté de ce thème principal se révèle toute la bêtise agressive des hommes voués à s’entre-tuer que ce soit à l’échelle des nations ou à celle plus intime d’une querelle de hussards.
La raison n’a pas plus de prise sur Feraud, le gascon borné que sur d’Hubert, l’aristocrate. L’honneur sert de code et de justificatif à leurs assauts de testostérone.
Ignoré, oublié des critiques qui ont pensé ce roman comme mineur dans l’oeuvre géniale de Conrad, il faut lui rendre sa juste place.
L’immense talent de l’écrivain ne le fait pas tomber dans le piège commun de faire vivre des hommes du XIXe siècle avec nos sentiments et réactions du XXe. La reconstitution de l’époque est parfaite, le récit fluide et intelligent fait songer aux meilleurs contes de Maupassant ou de Daudet.

Enfin, je ne peux que recommander la vision du film de Ridley Scott : « Duelliste » tiré de l’ouvrage qui l’illustre et le magnifie à merveille. Harvey Keitel et Keith Carradine incarnant idéalement les personnages forts de Conrad.

La preuve du Paradis

Comme l’écrit Raymond Moody qui fut un des premiers à s’intéresser à ces récits de l’au-delà tels que rapportés par des individus ayant été déclarés morts, cette histoire est fantastique.

Non pas fantastique parce que trop incroyable car il y a longtemps maintenant que l’on sait que ces récits sont universels et répondent à un schéma régulier mais parce que ce qui est arrivé au Dr Alexander Eben questionne activement les plus septiques des négationnistes en la matière.
Atteint brusquement d’un méningite bactérienne, le néocortex de ce neuro-chirurgien réputé est rapidement mis totalement hors de service. Or sans lui, pas de conscience pour la Science. Cependant contre cet avis tranché, le dr Eben affirme au contraire avoir bénéficié de toutes ses facultés conscientes durant son coma qui dura sept jours. Miraculé, il a pu revenir à ses pleines potentialités et là encore, contre l’avis de ses pairs.
Sous monitoring, scanners et contrôles rigoureux à l’appui, il ne devait plus pouvoir exister de conscience dans ce comateux promis à une mort certaine.
Pourtant, il relate ce qui jamais ne lui a semblé plus « réel » : un au-delà de lumière dominé par un amour inconditionnel.
Témoignage fort, énigme totale pour la Science et ouverture obligée vers une autre compréhension de notre conscience. Conscience non pas fruit de notre cerveau mais extérieure à lui ou conscience connectée en permanence à un univers bridé justement par notre cerveau réducteur ?
Il est grandement temps de remettre en cause cette étroitesse de vue castratrice que déjà tant d’anciens rejetaient.

 

Un exorciste raconte

Voilà un témoignage qu’il vaut mieux ne pas lire la nuit avant de tenter de s’endormir !
Le dominicain Gabriele Amorth a reçu du Vatican la lourde charge d’exorciser les victimes de Satan et de ses cohortes et il raconte.
Et nous voilà replongés au coeur du célèbre film de William Friedkin, « L’exorciste » ! Tout cela est donc vrai car comment soupçonner un tel homme de mensonge ou même d’aberration mentale ?
Dans un monde à la fois matérialiste et tellement virtualisé, on aurait bien tort de se moquer. Appelé à l’aide lorsque justement la science ou la psychiatrie n’ont plus de ressources pour soulager ces malheureux envoutés ou possédés, le père Amorth fait de son mieux, reconnaissant que parfois il n’y arrive pas.
Si l’on veut bien croire que le plus grand de nos philosophes, Socrate écoutait attentivement les conseils de son Daïmôn et que le plus remarquable de nos psychiatres, Carl Gustav Jung suivait les injonctions de son tracassin invisible, on peut admettre à l’instar d’un Baudelaire l’influence subtile d’entités invisibles sur nos comportements.
Mais ces entités ne sont pas toujours sources d’inspirations et bénéfiques, bien au contraire et les pauvres victimes du père Amorth en font l’expérience. Isolement, dépression, phénomènes étranges, obsessions pourrissent la vie de ses possédés et seul la force des exorcismes les dégage de leurs bourreaux.
Ces esprits négatifs se font d’ailleurs sournoisement discrets et ne veulent nullement être expulsés de leurs hôtes.
Force exceptionnelle, don de parler des langues inconnues, vomissement d’objets, connaissance de faits cachés démasquent les démons. L’exorciste doit alors entrer en lutte.

Un livre ébouriffant qui remet en cause notre conception de ce monde.
Cependant, un certain manque d’esprit critique se fait ressentir chez ce prêtre courageux. Il n’a sûrement pas compris que ces phénomènes existent partout dans le monde et qu’il n’est pas le privilège de la foi chrétienne de lutter seule contre ces hantises.

La conscience intuitive extraneuronale

Voilà un ouvrage étonnant à plus de son titre.
Pour ceux qui ne le connaissent pas, le dr anesthésiste toulousain Jean-Jacques Charbonnier a pu, lors de l’exercice de son métier, constater que certains patients donnés pour cliniquement morts revenaient à la vie et nous rapportaient le témoignage de rencontres bouleversantes.
Ces expériences de morts imminentes furent étudiées dans les années 70 par le dr Moody ou encore Elisabeth Kubler Roth pour ne citer que les plus célèbres. La France était dans ce domaine bien en retard. Retard que comble J. J. Charbonnier avec intelligence et efficacité.
Dans ce livre, il avance le concept de conscience intuitive extraneuronale, ce qui signifie selon lui, que dans les cas de faillite ou d’endormissement de notre conscience de veille, une autre forme de perception et d’analyse décorporisée prendrait le relais.
Il nomme donc la première conscience analytique cérébrale (CAC) et la seconde intuitive extraneuronale (CIE). Cette approche n’est pas inconnue de ceux qui ont pu vivre des phénomènes de sorties corporelles (soit à la suite d’une anesthésie, d’un coma, d’une mort apparente ou de voyages dits astraux). Ces personnes ont en effet constaté que leur conscience et leur intellect fonctionnait encore et souvent de manière bien plus performante qu’à l’état de veille normal. Elle leur permettait en outre de visualiser des lieux ou des événements sans limitation d’espace ou de temps.
Cependant cette dualité de conscience ne me semble pas exister réellement. A mon sens, il s’agit de notre même conscience qui utilise des véhicules différents et s’adapte à leur défauts ou qualités. Il serait beaucoup plus approprié de rejoindre alors la conception d’un corps astral inclus dans notre enveloppe physique et s’en détachant parfois sous l’effet d’un stress, d’une substance approprié ou plus naturellement dans le sommeil. Ce corps dit astral exonéré de l’espace/temps ayant la capacité de renseigner son possesseur à la condition qu’il ait justement pleine conscience du voyage.
Cette notion est celle des yogins hindous et de bien des mystiques, d’autres plus proches de nous nommèrent la dimension où évoluent nos corps fluidiques du vocable « d’imaginal ». Ce monde nous est accessible de notre vivant que tant que le cordon d’énergie qui relie corps physique et corps astral reste intacte. Un peu comme le foetus à sa mère. Ce cordon rompu et c’est la mort irréversible.
La conscience naviguerait donc d’un corps à l’autre et semblerait indépendante de sa base cérébrale qui ne serait qu’un transmetteur adapté à cette dimension purement matérielle.

Le sujet est en tout cas passionnant et il est heureux qu’enfin des hommes de sciences, des médecins courageux le prennent au sérieux et proposent de nouvelles voies de recherches.
Ce livre ouvre à mon sens d’immenses perspectives (voir la communication médium/comateux) et il est de plus aisé à lire et fort bien construit.

Tarir la source de l’anxiété

Voilà un titre qui interpelle. Qui a un moment ou un autre de sa vie n’a pas subi les affres de l’anxiété ?

Louise Reid est canadienne et pour avoir fréquenté des auteurs de ce genre de littérature qui se sont enrichis au Canada, la méfiance s’imposait. Il semblerait que nos cousins aient la naïveté enfantine de leurs voisins américains et gobent après tout avec enthousiasme. D’autre part, je connais aussi les techniques de marketing qu’utilise ce genre de propos. Les promesses abondent tout au long de l’ouvrage pour déboucher sur une solution simplette.

Louise Reid commence donc par nous expliquer les mécanismes du trouble anxieux, des phobies, attaques de panique et dépression. Son exposé est clair et on ne peut plus simple. Tout, en notre psychisme, peut se comparer à la circulation de l’énergie dans une batterie de voiture : Pole positif (l’envie d’avancer), pole négatif (nos peurs, traumatismes…) et mise à la terre (notre logique). A tout cela s’ajoutent des canaux dits de dérivation qui sont le ressentiment, l’apitoiement sur soi et la dépendance affective. Tous nos troubles viennent d’un blocage de ce système de circulation avant le recours à logique salvatrice ( Ah, heureux Montaigne !).

Mais aucune évocation ou presque de la fonction de l’inconscient, du rêve, de la sexualité, de la chimie corporelle et de leurs dérèglements.

Pour Louise Reid la perte de l’estime de soi, le ressentiment, la colère non seulement vont nous empêcher d’avancer mais vont, un jour ou l’autre nous bloquer dans nos émotions négatives et provoquer nos troubles. Voilà qui est très clair et très classique aussi. La solution ne l’est pas moins, il s’agit de visualiser ces points sombres de notre mental aidé par un questionnaire et de les rejeter comme désormais inutile à notre progression. (Ce qu’en général une psychanalyse mettra 20 ans à faire)

Encore faudrait-il ramener à la conscience ce qui est le plus souvent enchâssé dans notre inconscient. Louise Reid s’y attache dans ses rendez-vous et la dernière partie de l’ouvrage relate quelques exemples de thérapies réussies.

A essayer, pourquoi pas !
L’ouvrage a le mérite d’être simple, à la portée de tous et de décrire les mécanismes des troubles psychiques avec lucidité. Peut-être portera-t-il à certaines personnes la compréhension et la solution de leurs troubles les plus profonds.