Foutez-vous la paix !

Insupportable leitmotiv déjà. « Foutez-vous la paix » . A cette expression assez racoleuse, il aurait fallu préférer « Soyez bienveillant ! ».
Car au fond, tout au long de cet essai où l’on parle aussi beaucoup trop de méditation, il est bien question d’être moins dur et avec soi et avec les autres.
Une évidence que ne le devient dans ce monde cruel qu’avec l’acquisition d’une certaine sagesse et souvent sur ses vieux jours.

Alors que nos vies sont si courtes, elle sont empoisonnées, c’est vrai, par toutes sortes de préceptes et d’obligations. Certains justifiés par la volonté de vivre ensemble, beaucoup d’autres par celle de gagner sa pitance.
Dans le monde impitoyable du travail, la bienveillance n’est pas de mise, elle passe alors pour de la faiblesse.
On se souvient de l’admirable ouvrage d’Alexandre Jollien « Eloge de la faiblesse », et peut-être de Paul Lafargue qui clamait déjà le droit à la paresse.

Vivre avec compassion et bienveillance, aussi bien pour soi que pour tous les autres ne peut s’accomplir que dans une société idéale ou retirée du monde. Une sorte de Shambhala, libérée de toute empreinte économique. Une pure utopie exempte du struggle for life. On ne peut alors que biaiser, composer, essayer de ne pas perdre et son âme et sa santé dans ce triste Monde.
Méditer est alors tenter d’oublier cette agitation démente pour ce recentrer en une partie de soi éternellement préservée.

Mais il y a aussi d’autres formes de méditations…

J’ai moi aussi pratiqué la méditation, non pas pour calmer cette agitation mais pour qu’en moi circulent plus librement tant d’énergies bouleversées ou bloquées par nos tensions quotidiennes. Car la vie, les autres perturbent, phagocytent votre énergie et cela que vous soyez bienveillant ou pas.
Méditer, c’est aussi laisser s’accomplir ce long travail d’assimilation au monde et à ces troubles. Travail qui va nous grandir, développer en nous, justement bienveillance et compassion, répartir plus harmonieusement notre énergie primordiale.
C’est un domaine d’une extrême complexité ou toute tentative de simplification est réductrice. C’est d’ailleurs en cela que la méditation est la plupart du temps devenue, elle-aussi en Occident « un produit » comme un autre.

Les mal partis

Entre littérature et cinéma, le cœur de Sébastien Japrisot balançait souvent. On se souvient de Compartiments tueurs,  l’Eté meurtrier, La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil et de beaucoup d’autres excellents scénarios portés à l’écran. Après avoir réalisé quelques courts métrages, il adapta à l’écran son propre roman : Les mal partis en 1975.
Ceux qui eurent la chance de voir le film se souviennent de l’émouvante interprétation de France Dougnac, jeune sœur Clotilde éprise d’un adolescent de 14 ans. Peu diffusé, peu critiqué, ce premier long métrage marqua malgré tout les esprits. Il faut dire que les relations amoureuses d’une nonne de 26 ans et d’un enfant avaient de quoi choquer même le public des années 70. Le roman, le premier de Japrisot, publié en 1950 avait outré bien d’avantage. Mais valait-il le film ?
Malheureusement souvenirs contre lecture, je pense avoir préféré l’adaptation cinématographique au roman. Certains on dit que le style du livre était simple, épuré, je le trouve naïf et souvent même particulièrement niais. Les dialogues sont puérils et très mal adaptés aux personnages. L’enfant ayant parfois une maturité totalement irréaliste et la nonne au contraire, une absence de réflexion affligeante.
On se prend à songer à ce qu’aurait pu donner un scénario aussi sulfureux traité par Peyrefyte ou Montherlant…
Mais à sa décharge, Japrisot n’avait que quelques trois années de plus que son jeune héros lorsqu’il écrivit ce roman, troublant toutefois.

Le péril bleu


Avoir dès 1912, décrit des enlèvements d’origine extraterrestre, en avoir supposé le mode opératoire et la finalité fut déjà remarquable. Mais le roman de Maurice Renard n’est surtout pas que cela.
Bien sûr, tous évoquèrent à son propos la fantaisie, la description mystérieuse et policière de ces disparitions, la satire de Conan Doyle… Mais le roman est remarquable aussi de par l’analyse des réactions de l’espèce humaine face à un mystère qui les dépasse.
Loin de la « naïveté » dont on l’accuse, le livre fait preuve d’une étonnante lucidité sur ce que serait notre attitude si nous devions constater la supériorité d’envahisseurs éventuels.
Aujourd’hui, un français Christel Seval, ex-analyste pour le ministère de la Défense n’a fait que reprendre en plusieurs livres touffus, l’étude fine du Péril Bleu.
Le livre de Maurice Renard étonne également par la justesse de ces appréciations sur nos prétentions en matière scientifique et dénonce la vanité de notre conception d’un univers dont la maîtrise supposée ne s’arrête qu’au visible.
Ce constat reste parfaitement exacte lui aussi. Le monde des esprits, les présences extraterrestres, angéliques ou maléfiques restent moqués avec mépris par la grande majorité de nos contemporains qui feignent d’en ignorer les plus évidentes manifestations, incapables de les expliquer.

Renard prévient encore : sommes nous au moins sûrs d’être nos propres maîtres ? Ce parasitisme de l’invisible sur le visible ne commande-t-il pas nos volontés prétentieuses ?

Un téléfilm inspiré du roman et réalisé par le poétique Jean-Christophe Averty est séquestré par l’INA. Il n’est donc visible que par ceux qui en paieront la diffusion privée. Seules quelques rares chaînes du Maghreb le programme encore.

Histoire d’un Maltais de Tunis racontée à sa fille

D’origine maltaise de tous côtés, né en Tunisie, le livre de Carmel Sammut avait tout pour attirer mon attention. Las, j’aurais du me méfier ! Un simple coup d’œil aux qualités d’historien et de sociologue de l’auteur m’aurait prévenu de cette déception de lecture.
J’avais pourtant été échaudé par le livre d’une autre sociologue, Michèle Muscat étrangement intitulé « L’héritage impensé des maltais de Tunisie ».

La thèse développée ici par Carmel Sammut est la même avec aussi peu de nuances que celle du livre de Mme Muscat.
Les maltais de Tunisie, maintenant installés en France auraient rejeté leur origine maltaise essentiellement pour deux raisons : leur honte d’être pris pour des arabes et celle de provenir d’une île d’arriérés !
Se cumulent alors bon nombre de poncifs au fil des deux livres, ces mêmes maltais auraient par exemple aussi volontairement étouffé le fait qu’ils étaient d’origine arabe !
L’ouvrage narrant les états d’âmes d’un français d’origine maltaise né en Tunisie s’éternise, se répété, s’égare entre Mai 68 et ses fonctions qui furent de reclassement d’immigrés musulmans licenciés.

C’est vous dire ma déception, moi qui pensait y trouver le récit de la vie de la communauté maltaise en Tunisie puis en France.
Je me suis déjà inscris en faux auprès d’historiens à propos de ces thèses insensées.
D’abord, tous les maltais qui  s’installèrent en Tunisie ou en Algérie ne furent pas pauvres. Dans ma famille et des deux côtés, mes ancêtres ne l’étaient pas. Entrepreneurs, armateurs, commerçants et… contrebandiers aucun ne fut cocher ou chevrier. Métiers que l’on met systématiquement en avant en parlant des migrants maltais du milieu du XIXe siècle. Les maltais quittaient aussi leur île exiguë par besoin d’entreprendre, pour se donner de l’air, par ambition. Assez de ces généralisations stupides.
Ensuite, je n’ai connu aucun maltais parmi mes ancêtres qui ait renié ou caché ses origines que ce soit en Tunisie ou en France. Mes grands-parents continuèrent à parler maltais chez eux à Albi, mon père parlait le maltais couramment ainsi que l’arabe d’ailleurs. Et il parlait arabe ou maltais avec ses clients en France. Mes grands-mères et tantes cuisinaient d’excellents plats maltais et continuaient leur correspondance avec leur famille maltaise, elles brodaient des dentelles arborant la croix de Malte.
Il est stupide de prétendre que les migrants maltais turent leurs origines. Ces auteurs se sont-ils donnés la peine d’interroger en comparaison un toulousain pour savoir si il a tu ses origines espagnoles et si il parle encore la langue de Cervantes ?
J’ai eu des amis français de souche qui ne savaient même pas où était née leur mère ! Parlaient-ils leur patois ? Ma tante aveyronnaise parlait-elle son patois ou le taisait-elle par honte d’être prise pour une plouc ?

Thèses insensées plutôt qu’héritage impensé !

Quant au fait de « nier » les origines arabes des maltais, n’était-ce pas plutôt que ces maltais ignoraient totalement les études récentes de linguistique et croyaient sincèrement à l’origine phénicienne de leur dialecte. Mon père le croyait en tout cas car on le lui avait appris et il ne pouvait douter, faute d’avoir eu accès à ces études linguistiques de l’enseignement de ses maîtres.

Et encore,, oui les maltais sont profondément chrétiens, ils ont payé le prix du sang pour le rester et si beaucoup de maltais de Tunisie firent le choix de la France au moment de décider de leur nationalité d’adoption ce critère religieux fut très important.  Enfin, on aurait aimé lire quelques qualités de l’âme maltaise : son incroyable adaptabilité, son esprit d’entreprise, sa facilité pour la pratique des langues…

On comprend donc l’orientation que savent trouver nos sociologues et ethnologues pour se singulariser. Il est déplorable que finalement ayant accès à l’édition de manière quasi privilégiée, ils laissent seuls la trace de leurs élucubrations à l’Histoire. Ils finissent même par en convaincre les historiens professionnels toujours plus prompts à donner crédit à un universitaire plutôt qu’à de simples particuliers.

Soumission

Houellebecq and I, avons de nombreux points communs*.
Il aime Huysmans et moi aussi, tout comme il écoute sûrement Nick Drake lorsqu’il lit. Il a de plus cette ironie misanthropique que j’affectionne et que peu de gens autour de moi reconnaissent pour ce qu’elle est.  Cette amertume teintée d’ironie face à la bêtise renouvelée et pourtant constante d’un monde sans étonnement.

Au point que l’écrivain justement fasse le pari d’un possible paysage politique et social français qui, au fond, n’est plus si loin de notre réalité. Un paysage s’appuyant sur la courbe montante des mentalités rétrogrades actuelles d’où qu’elles viennent.

Continuateur du grand Huysmans, l’universitaire mis en scène par Houellebecq se veut décadent dans une Europe elle-même décadente vouée à être renouvelée par la mystique islamiste, par la repopulation arabe.  Si par ennui, sécheresse mentale son héros hésite à la conversion, l’attrait de quelques femmes serviles aura-t-il raison de sa raison ?

Ce petit confort bourgeois qui semble tant importer à Huysmans est-il supérieur à toute idée religieuse chez cet érudit solitaire ?
La thèse est tentante car si il est bien une question que la mystique gonfle à éclater, c’est bien celle de la souffrance. Cet insupportable dolorisme chrétien qu’ aucun homme sensé ne souhaite, a-t-il entrainé la décadence de notre civilisation écoeurée de s’être roulée dans autant de guerres immondes ?

D’un style fluide, pervers se vautrant peut-être une peu trop dans la pornographie le roman file sous nos yeux et nous étonne toujours. Si Houellebecq est loin d’avoir cette beauté formelle qui nous emportait aussi chez Huysmans, cette poésie amère qui le caractérisait, il est son méritant disciple.

* Mais je ne fume pas et bois modérément.

La cathédrale

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Alors que Durtal, le personnage récurrent de Huysmans ne pensait guère au Divin au cours de ses frasques parisiennes ou de ses recherches sur le satanisme exposées dans l’ouvrage « Là-bas », il fut saisi par Dieu, capté pour son amour de l’art, du plain-chant et de la mystique. « En route » relate ensuite comme il fut habilement conduit par son confesseur vers une trappe et comment après bien des tergiversations, son âme se rendit au Très Haut.
Dans « La cathédrale », quittant Paris pour poursuivre sa quête mystique et ses écrits sur l’art, il s’installe à Chartres et y fait la connaissance d’un autre prêtre érudit. Ensemble ils vont décrypter minutieusement les symboles utilisés par les artisans imagiers du moyen-âge.
Ouvrage d’érudition artistique et religieuse, exposé sur l’art des primitifs flamands, détours par quelques hagiographies peuvent lasser les plus dévots des quelques lecteurs qui le seraient encore. Fort heureusement soutenu par la beauté et la poésie du style de Huysmans, on poursuit son chemin avec Durtal pour compagnon.  L’ironie, le regard amusé de l’auteur sur les extravagances de la piété féodale alternent avec les remuements et contorsions d’âme d’un homme qui ne sait encore s’il doit céder à Dieu ses conforts et curiosités de vie pour s’encloîtrer à jamais.

En route

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On imagine mal aujourd’hui l’effet que produisit la sortie du long roman de Huysmans. Pour en prendre la mesure, il faut se pencher sur la critique de l’époque, tour à tour élogieuse ou assassine.
Ce livre est à tort, nommé « roman d’une conversion » mais son personnage principal n’a jamais abandonné son attachement profond au catholicisme. Perdu dans le monde, étourdi de plaisirs et de satisfactions d’orgueil (comme nous tous), Durtal parvient au seuil de ses vieux jours et se rend compte qu’il est seul et empli de remords. Ses amis, connus dans le roman « Là-bas », sont décédés et, peu à peu, sombrant dans la dépression, il erre dans Paris à la recherche de plaisirs plus spirituels que seuls peuvent encore lui procurer les chants religieux et la contemplation de quelques églises parisiennes.
Insensiblement contournant ses craintes d’inconfort et d’introspection radicale, un prêtre plus cultivé et surtout plus fin que la moyenne le pousse à faire une retraite d’une semaine au sein d’une Trappe. Ce séjour déclenchera la catharsis.
Intervention divine pour certains, purge émotionnelle pour d’autres, Durtal sera transformé à jamais.
Mais ce retour de l’enfant prodige ne va pas annihiler pour autant l’esprit critique de Durtal.  Beaucoup alors assimilant Huysmans à Durtal,  reprocheront à l’écrivain les coups de griffes de son personnage récurent au clergé séculier.

Grand érudit, maîtrisant parfaitement le long fleuve inspiré de la mystique chrétienne, Huysmans ne s’en laisse pas compter et sait reconnaître l’âme baignant en Dieu de celle des tartuffes et dévots (de ville). D’un style époustouflant de maîtrise, de création poétique et parfois aussi de réelle rosserie, Huysmans se délecte avec aisance et pédantisme de la bêtise de son temps. Car l’un de nos plus brillants romanciers que ces contemporains amères qualifièrent d’opportuniste, demeure un esprit d’exception, une intelligence vive douée d’un incroyable acuité.
Paradoxalement, ce retour en religion impulsé par le si douteux Huysmans et son livre à succès draina vers l’Eglise bon nombre de chrétiens de surface qui se mirent à réfléchir plus profondément à l’essence même de leur âme. Et cela, le clergé l’accepta sans barguigner.

Le moine

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Mises au couvent intempestives, prédicateurs et moines cédant aux attirances de chairs tendres et voluptueuses, fantômes sanglants, brigands sournois Matthew Gregory Lewis ne ménage pas ses effets pour surprendre et éveiller l’intérêt de ses lecteurs du XVIII ème siècle dont la première fut, dit-on, sa mère.
Ce qui a du enthousiasmer un public porté à la licence ou au merveilleux nous fait malheureusement sourire aujourd’hui.
De coïncidences extraordinaires en renversements de situations improbables, on se prend à lire les longs monologues d’agonisantes et les effets par trop appuyés du  jeune Lewis.
On sent chez l’impétrant en littérature horrifique l’influence de grands prédécesseurs comme son presque compatriote Walter Map et parfois l’on songe aux auteurs dits « picaresque », à Boccace…

Fantastique, horreur, critique de l’emprise du fait religieux sur la vie de ses contemporains font aussi rappel de ces écrivains « gouliards ». Le tout étant parfaitement écrit et prenant une forme si plaisante que l’on en oublie les invraisemblances et les outrances propres à ces temps.

Nous irons tous au paradis

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Je rechigne en règle générale à lire des romans contemporains écrits par des américains (USA s’entend) car leur style est souvent très pauvre et assez puéril.
Mais il s’est fait un tel battage autour des romans de Fanny Flagg que j’ai fini par lire « Nous irons tous au paradis ». Le thème d’une vieille dame ressuscitée avait l’air sympa. Mais très vite, le récit se révélant d’une insipide niaiserie, j’eus beaucoup de mal à ne pas en décrocher.
Le sujet ferait tout au plus la substance d’une nouvelle et encore peu originale. Aussi a-t-il été nécessaire de rallonger la sauce : réaction de tous à l’annonce du décès, réaction de tous à l’annonce de la renaissance, détails sur les uns et les aussi inintéressants qu’ennuyeux. Le tout ayant la même substance que du marshmallow frais !
Les expériences dites de mort imminentes  sont maintenant bien connues du grand public et ne méritaient pas un traitement romanesque aussi stupide. Dans le même genre il vaut mieux lire les thanatonautes de Bernard Werber ou pour réellement s’informer les livres de Raymond Moody ou d’Elisabeth Kübler-Ross.

Martiens, go home

martiens-go-home-188690Le roman de l’américain Fredric Brown ne date pas d’hier, il est sorti en France en 1957 et depuis, est considéré comme un classique de la SF.
Le prétexte de l’invasion d’insupportables martiens est ici utilisé pour dénoncer les tares du genre humain. L’idée n’est pas nouvelle même en 1957 de trouver en l’autre si différent, la distanciation suffisante pour tourner au ridicule nos multiples travers.
Ce qui fait donc toute la saveur de ce roman parfaitement iconoclaste est sa qualité d’écriture et surtout son humour corrosif et jubilatoire.
Religion, politique, économie, psychiatrie autant de sujets où pense se nicher l’excellence de nos intellects finissent sous la plume de Brown par devenir stupides et dérisoires.
Un roman qui finalement, même 60 ans après sa parution reste un OVNI  de la littérature de genre.